C’est mon premier blog et j’espère que vous vous y sentirez bien en le visitant. C’est un espace où je partagerai mes réflexions et quelques uns de mes « écrits ». J’aimerais que ce blog soit comme une petite promenade au clair de lune, propice à la réflexion et au bien-être.
2009
Cette espèce de sensation qui précède l'écriture, ce vide vers l'avant. Il est tard, il n'y a plus rien à faire, que dormir. Et pourtant, ce sentiment est là. Présent mais vide.
Oui, il y a plusieurs sortes d'inspiration. Il y a bien sûr les phrases qui se bousculent, s'entrechoquent dans le cerveau et s'entortillent autour du stylo ; s'emmêlant parfois et donnant lieu, donnant naissance à ces phrases presque tordues d'où naissent les grandes réflexions. Il y a, sans aucun doute l'inspiration périodique et presque circulaire des longs projets ; une grande nouvelle, un roman ; où soudain toutes nos pensées convergent vers un sujet – si vaste et désordonné soit-il –, pour donner vie à la suite de l'histoire.
Mais il y a aussi certains soirs de ces inspirations qui tiennent parfois de la chute ou de l'élévation, de ces inspirations vives et vides. Une fuite vers l'avant ; comme un petit enfant qui marcherait ; où l'embryon du paragraphe se développe, créant à partir du néant, naissant à partir de rien. Peu avant on ne pensait qu'à des choses pratiques – dormir, régler son réveil, ou autres choses futiles et importantes. Mais d'un instant à l'autre tout bascule, ou plutôt, tout est prêt à basculer. À peine a-t-on le temps d'accepter de dédier ce moment à l'écriture – merveilleuse occupation – que les mots se forment sur le papier, avec ou sans sens et surtout dans tous les sens, pendant que l'esprit, une longueur ou deux d'avance, dicte à la main, et même en vient à avancer à reculons, pour rattraper au vol les mots qui s'envolent ou ramasser sur le sol ce qu'il reste des pensées évanouies.
Surtout, il ne faut pas chercher à analyser ces accès d'inspiration brute, car contrainte à se plier à une direction, comprimée, enfermée dans une intrigue au minimum réfléchie, l'inspiration éclate comme une bulle de savon, se fâne comme une fleur. Si à ce moment là l'écrivain est dérangé – un bruit, une prise de conscience trop brusque de l'heure ou d'un facteur contraignant –, son ballon éclate il tombe, rien ne sert plus d'insister, une rustine ne rendra aucune qualité. Et si rien ne vient à son encontre, si les mots ne rencontrent pas de butoir, ils ralentiront d'eux-mêmes leur cadence, jusqu'à ne devenir qu'un murmure, une dernière tâche d'encre, comme un moment d'euphorie qui retombe parce qu'il ne nous reste plus assez de souffle pour rire.
L'esprit, comme essoufflé, laisse place à la contemplation et au silence, pour un temps, avant de reprendre sa course folle.
* * *
Oh, facile n'est-ce pas de publier des vieux textes... Facile de reprendre des mots usés et toujours vrais... où est partie l'envie ? Retrouve-t-on le Temps ?
L'inspiration vient, s'en va, amorce quelques pas, bref retour, heureuses retrouvailles... qui se brisent sans détour ! L'écriture est là, quelque part, les mots restent cachés, l'encre dans le sang ; l'écrit n'est plus là, quelques pas et les mots vont se gâcher... Comment construire quelque chose dans ces conditions ? à quels mots s'attacher, quels maux sont détachés ? Admirables sagas, trilogies, livres... Admirables déjà les chapitres, les pages... Il n'est pas donné à tout le monde de mener un projet à bien... à personne, sans-doute n'est-ce que donné... car l'inspiration enchaînée dépérit mais sans chaînes, sans flèches, l'inspiration se déchaîne et se détache de son contenu.... Savez-vous comment écrire une fin ? Une vraie fin, ni hâtée ni à bout de souffle, qui ne met pas le point à un texte qui s'essouffle, mais qui, brillamment menée, entraîne le lecteur pour bon nombre d'années, pour longtemps encore, laisse une marque, prend esprit et corps... Déjà je m'égare et je sens que le sens m'échappe. On n'apprend pas à écrire, on expérimente, on essaie, et, jusqu'à la fin, comme il en est de la vie, on ne sait jamais vraiment...