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C’est mon premier blog et j’espère que vous vous y sentirez bien en le visitant. C’est un espace où je partagerai mes réflexions et quelques uns de mes « écrits ». J’aimerais que ce blog soit comme une petite promenade au clair de lune, propice à la réflexion et au bien-être.

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Quand j'y pense

Ceci est pure fiction…
Toute ressemblance avec des personnes et des lieux existants est… voulue, mais non confirmée !


Il paraît que ma thèse sur le genre fantastique est trop fantaisiste. Je l’ai pourtant menée avec le plus grand sérieux. Il faut toutefois qu’elle ait des arguments pertinents, sans cela je ne serais jamais devenu professeur. Quand j’y pense… je suis mort de peur ! Il faut dire que se retrouver face à un amphi rempli de centaines d’étudiants n’est pas vraiment chose rassurante. Le premier semestre s’est écoulé sans dommages, j’étais simplement chargé de TD. Ma première expérience dans l’arène sera donc la surveillance de l’examen. Le collègue qui critiquait ma thèse l’autre jour m’a fait remarquer que si j’étais déjà blême à l’idée de regarder travailler les élèves, il était improbable que je m’en sorte bien en cours magistral.

Il est six heures. De toute façon je suis déjà réveillé depuis une demie heure, j’ai le temps, mon train part à sept heure vingt-et-une. Je prends une bonne douche pour me réveiller, j’adore laisser couler l’eau sur ma tête, j’ai l’impression d’avoir l’éternité devant moi et l’eau me réchauffe agréablement. Oh, sept heures ! Je quitte la salle-de-bain en hâte, j’attrape une serviette en vitesse en mettant de l’eau partout, m’habille tout aussi rapidement, traverse la pièce principale, prend soin de bien lacer mes chaussures et me retrouve dehors avec ma sacoche. Le froid me saisit et l’eau, à présent froide aussi, coule de mes cheveux courts vers mon cou.

Je presse le pas mais n’ose pas courir, il y a un peu de verglas. La rue me parait trop longue, comme d’habitude. Je tourne à droite au rond-point, descend le boulevard, traverse, entre. Certains se retournent à mon arrivée, j’imagine la tête que je dois faire en cherchant avec angoisse mon train sur le tableau d’affichage. Il y est toujours, mais c’est idiot, c’est l’heure qu’il me faut. Sur le quai il y a une horloge, je suis légèrement en avance. Ici le brouillard est dense, je ne vois pas bien. Pris d’une quinte de toux je me rends compte qu’il s’agit de la fumée de la cigarette d’un homme qui ignore, dans un sens ou dans l’autre, l’interdiction en vigueur. Une voix fatiguée annonce l’arrivée imminente de mon train et rappelle que pour notre sécurité il faut nous éloigner de la bordure du quai, si ça nous plaît. Quoi qu’il en soit j’espère bien trouver une place assise à bord, je me rapproche donc ; en même temps que les autres voyageurs ; du futur (mais proche) emplacement des portes.

Habitué, je reste impassible quand le crissement aigu des rails monte crescendo jusqu’à mes oreilles. Je trouve une place près de la fenêtre, dans le sens inverse de la marche. Le train part. Dehors il fait nuit noire, la lumière des lampadaires s’éloigne, on ne distingue plus vraiment les formes.

Les arbres sont des ombres sous la lumière de la Lune qui éclaire à demi derrière son nuage (on croirait qu’elle le retient, attendant, impatiente, le moment où elle pourra enfin tirer les couvertures qui cachent le Soleil et s’endormir paisiblement pendant que les voyageurs du train-train quotidien commenceront leur journée de travail. De l’autre côté, le Soleil est justement à demi-dévoilé et, encore mal réveillé, il éclaire à peine sans chauffer quand je descends du train et sort de la gare.

Il est déjà sept-heures cinquante et une, le train que j’ai pris s’est arrêté à toutes les gares (je jurerais même qu’il a ralenti juste avant d’arriver ici…). Dans la foule, je reconnais quelques uns de mes élèves. Il m’est arrivé une fois d’être pris pour un étudiant ; c’est vrai que je fais le même chemin qu’un certain nombre d’entre eux. Le premier feu pour piéton est enfin vert ; je n’ai pas terminé ma traversée quand un bus commence à avancer, son propre feu tricolore lui en donnant le droit… La vie est dure pour les piétons ici !

Le parc est un peu glissant, je manque de tomber mais me rattrape au poteau. Je lève la tête, c’est celui où il est écrit « savoir aller » ; allez savoir pourquoi… Un peu plus loin, la passerelle a été salée, c’est déjà ça. Peu après j’arrive à la fac, je suis légèrement en retard. De toute façon je ne pouvais pas arriver plus tôt, je n’y peux rien.

L’amphi est déjà bondé, mais beaucoup d’élèves sont encore en bas et font la queue pour les étiquettes et les feuilles. Je ne sais pas si c’est à cause de leur état de stress ou si c’est dû à leur nombre, mais ils font un de ces bruits ! C’est bien simple, on dirait une basse-cour. Si j’éteins la lumière ils s’arrêtent ? Oh, les pauvres, après tout ils sont là pour passer un examen, on ne va pas en  plus leur interdire de parler avant le début de l’épreuve ! Mon collègue me fait signe de venir, je m’étais arrêté à l’entrée.

« Bonjour ! Eh bien on a failli t’attendre ! Bon, assieds-toi là… moi je fais les deuxième années, Mme*****  les troisièmes, en attendant S******* et toi… ben tu prends ce qu’il reste, là, le tas de codes barres. On en a déjà donné une partie –ah non, sans la carte d’étudiant ce n’est pas possible. Oui c’est ça, vas-y… au suivant ! »

« Monsieur ? C’est vous qui avez les LM1 ?

-Euh… oui, c’est moi. Quel nom ?... »

A…B…C… Bref, je me lance, pour le moment ce n’est pas trop difficile, je regarde la carte, cherche le nom, donne le code barre et recommence.

Quelques minutes plus tard, les derniers élèves se sont installés. On fait les recommandations d’usage (les portables éteints, les sacs en bas etc.  ). Théoriquement c’est là que le silence devrait se faire. Mais il faut encore faire se déplacer quelques élèves, attendre que certains éteignent leur portable pour de bon, sortir l’enveloppe… Le brouhaha n’a pas baissé d’intensité. J’ai même l’impression qu’il augmente. Ma collègue, qui est arrivée il y a une dizaine de minutes, réclame le silence. Le niveau sonore semble baisser, mais reprend de plus belle. Je renouvelle l’ordre. « Euh… je crois qu’ils ont compris là » me dit-elle. On dirait qu’elle ne les entend pas. J’en baisse la tête, comme si ça allait faire partir le bruit. Comment ce fait-il que personne ne les fasse taire ?

On décachète les trois grandes enveloppes marron pour en tirer les sujets. Il faut monter les marches pour tout distribuer. Je dois m’occuper des premières années… Mais quel bruit !  … Je m’approche d’eux, commence à donner les feuilles. « Pourvu qu’il tombe en commentaire »… »  « Silence s’il vous plaît ». Je distribue le plus rapidement possible. « OhahnonouffaimfatiguésuperOhmamontrej’aioublié…pipiheuresnonquoi ?!J’aifroidviteheure ?Zut »… « Stop ! » « ???????? »

Tout le monde me regarde. Une seconde de silence. « Qu’est ce qui se passe monsieur         ? » C’est comme si j’avais hurlé pour rien. Au lieu de se taire, ils me regardent bizarrement. J’ai fini de distribuer, je redescends vite. Je jette un œil vers mes collègues. Ils ne me soutiennent pas. Ils se contentent de me regarder en silence… ou plutôt sans rien dire, car il n’y a plus de silence. Je sors.

«                                                                                       ».

 Rien. Air frais. Silence. Froid même. Vide. Il faut que j’y retourne.

Sitôt que j’ai passé ma tête par l’entrebâillement de la porte, le brouhaha recommence. Pourtant, les autres profs sont calmes. Il est en train de corriger des copies. Elle regarde quelque chose sur son portable. Je rentre.

« Planchantlexicaltienslerevoilà… » Encore une fois je capte quelques bribes. Je n’ose pas les regarder. Je m’installe au bureau, il y a une chaise pour moi entre mes deux collègues. Ils ne me font pas de remarque. Je préfère. J’ai dû passer pour un fou tout à l’heure. Je commence à sortir mes affaires, lentement,  très lentement… d’abord mon trieur, quelques feuilles, puis ma petite trousse en cuir marron clair, mes stylos. Je reste fixé sur mes fournitures, je fais tout pour ne pas regarder les élèves. Le vacarme n’a pas changé, c’est assourdissant. J’ai chaud. J’ai beau essayer de  me raisonner rien n’y fait. Mais enfin quand même ! De quoi ai-je peur ? C’est irrationnel ! Bon, récapitulons, je suis professeur, les étudiants passent leur examen dans cet amphi, un certain nombre d’entre eux a assisté à mes cours de littérature en TD. Ils sont humains, je suis humain, tout est normal. Mais qu’est ce que je raconte là ? Bien sûr que nous sommes tous humains ! Et voilà ! Je commence à délirer… Mais non ! Je ne suis pas fou ! Absolument pas ! Les élèves passent un examen. Un examen suppose le silence. Les élèves doivent être silencieux. Ils ne le sont pas, je demande qu’ils le soient. C’est tout simple en fait. Ce n’est pas parce que mes collègues ne lèvent pas le petit doigt que je vais laisser faire !

Je lève donc la tête, bien déterminé à… Il y a quelque chose qui cloche. Je ne vois que des étudiants penchés sur leurs copies, sans un regard pour leur voisin, les lèvres closes. Absolument. Là j’avoue que je suis perplexe… à moins que… Non. Impossible ! Je commence à avoir peur… Pourtant, quoi d’autre ? Mais comment… J’aurais peut-être mieux fait de rester dehors en fin de compte… Je sais ! Je vais essayer de me concentrer sur l’un d’eux. Comme ça je pourrai…

« ainsi,l’auteur »« decefait » «rohnon,çavapas»« grand1unrécitfant» …. J’arrive pas à me concentrer… « Ohj’enaimarrebaillefroid…bon, quelle heure il est ? » Je regarde ma propre montre, il est « 8h56. Il faut que je me concentre maintenant. Alors… avant l’extrait… il sort de chez lui et il lui arrive un tas de mésaventures… oui et le truc avec les pommes et la vieille, la sorcière qui dit que c’est ses filles pis ya la salamandre…. Non je vais trop vite, de toute façon je peux pas écrire ça comme ça… » Est-ce que je rêve ? J’entends vraiment ce qu’elle pense ! Ou alors je suis fou… je crois que je préfère ne pas savoir… Faut que j’essaie un autre…

« fantasticoromanticomerveilleux » ça existe ça ? Bon, concentration… un seul à la fois.

« Je vais leur sortir une citation… enfin presque… ah pourquoi tous les auteurs ne se vaudraient pas ? Bon, Schneider, lui, dit que… » Il veut créer sa propre citation ? Non, j’ai du mal comprendre… Et puis qu’est-c e-que je suis en train de faire là ? Aïe ! Dès que j’arrête de me fixer sur quelqu’un le brouhaha général reprend ! Ma tête me fait mal…

« La Nature s’exprime en effet par le biais de la musique… » « Euh… l’extrait se trouve à quelques pages environ de la nouvelle… non du début de la nouvelle… oui voilà, l’extrait… » « D’un autre côté, c’est aussi une façon de mieux sentir le monde… » « faut que j’aille au toilettes… » « j’ai toujours pas de problématique… » « L’allitération en r montre… » « Non mais qu’est-ce qu’il a à me regarder celui-là ? » Oups… « donclanature…letintementdesclochettes… »« unpersonnagehoffmannien » « l’inanimés’anime » tout se brouille, le brouhaha est de nouveau incompréhensible et presque insupportable… si moi-même je pouvais arrêter de penser, j’enlèverais  un murmure à ce vacarme, mais je ne m’entends plus moi-même… tût tut tiit tut ! Hein ? Ça me dit quelque chose. Je ne sais plus si c’est un bruit extérieur ou s’il est dans ma tête… tût tut tiit tut ! Faut que je fasse cesser ce brouhaha…

« planauteurnatureportable… » « C’est quoi ça ? Non ! Un portable ! C’est pas le mien ? Ben non il est sur silence… Oh je le crois pas ! C’est la prof ! Mais elle va pas répondre en plus ! » En effet ma collègue sort de l’amphi, le téléphone à la main. Mais elle ne m’intéresse pas, j’ai bien assez à faire avec ce bruit… tiens elle dort celle là. « il fait beau… quel soleil… ah les vacances… enfin… »

« Il vous reste une heure ! » Ah ! Il m’a fait sursauter le collègue ! « J’adore les faire sursauter  comme ça hé hé » Sympatique… « Ou la là. Mais il m’a fait peur ! J’ai cru que c’était fini… »

« Hoffmann est un écrivain allemand… bon jusque là… » « la Nature est omniprésente… » « le märchen… » « le personnage entre dans le phénomène » « selon Castex…. » « conte merveilleux » « folie du » « on croyait voir… » « la question ainsi posée… » « le choc subit par… » « personnechuchotementcrisiffleserpentserpentinefestivitéssureaumagiemaisheuremusique-solitaireetrêveur… »

Tût tût tii…

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