C’est mon premier blog et j’espère que vous vous y sentirez bien en le visitant. C’est un espace où je partagerai mes réflexions et quelques uns de mes « écrits ». J’aimerais que ce blog soit comme une petite promenade au clair de lune, propice à la réflexion et au bien-être.
Il était une fois une petite fille très intelligente qui s'appelait Maëlys. Sa grand-mère lui avait offert un joli petit bandana rouge pour ses six ans. Maëlys l'avait mis aussitôt dans ses cheveux et cela faisait un an qu'elle ne l'avait pas quitté ̶ sauf pour se laver bien sûr. Du coup, sa mamie ̶ qui s'entêtait à utiliser de vieux mots ̶ lui disait toujours : « Tu ne quittes jamais ce chaperon ! C'est bien pour ça que je t'ai surnommé mon petit chaperon rouge ! ».
Un jour de canicule, Maëlys s'en alla voir sa grand-mère, pour lui conseiller de rester à l'ombre et lui apporter un pack d'eau. Sa grand-mère n'habitait pas loin, donc Maëlys dit à sa maman qu'elle n'avait pas besoin de l'emmener en voiture. Elle partit à pied. Le seul obstacle à traverser était un très grand parc. Sa maman lui recommanda de faire attention, car dans un parc on risque de croiser n'importe qui et de tomber sur des personnes mal intentionnées. Maëlys promit de rester sur ses gardes. Elle prit le lourd pack d'eau dans ses bras et partit de la maison.
Arrivée au parc, elle aperçut une drôle de silhouette. Méfiante, elle fit comme si elle n'avait rien vu et poursuivit son chemin.
Mais l'autre personne l'avait vue, et se rapprocha. Maëlys vit tout de suite que c'était un loup. Elle pensa à s'enfuir, mais le pack d'eau était trop lourd pour qu'elle puisse courir avec. Le loup lui parla : « Bonjour petite demoiselle.
- Bonjour.
- Que fais-tu seule dans le parc ?
- Je ne suis pas seule, répondit Maëlys, ma grand-mère m'attend de l'autre côté du parc.
- Bien sûr, bien sûr. Et comment t'appelles-tu ? »
Maëlys pensa que dire son nom à un inconnu n'était pas très prudent, alors elle répondit une moitié de vérité :
« Je suis le Petit Chaperon Rouge. Mais mes amis m'appellent PCR, c'est plus court.
- Alors enchanté PCR. Mes amis à moi m'appellent Loup.
- Enchantée », répondit Maëlys en mentant carrément.
Devant eux se dressaient deux chemins possibles : une allée de cailloux blancs, inondée de soleil, et un petit sentier sablonneux qui s'enfonçait dans une charmille. Maëlys vit tout de suite que, de ces deux chemins, le plus dangereux était celui qui s'enfonçait dans l'épaisse allée d'arbres : une fois à l'intérieur, personne ne pourrait la voir de l'extérieur.
Le loup avait suivit son regard et il demanda :
« PCR, par quel chemin penses-tu passer ?
- Par le plus court, au soleil.
- Oh, non, je pense que l'autre n'est pas plus long. Et puis avec cette canicule, il faut se mettre à l'ombre. Passe donc par la charmille, tu verras, c'est un chemin très agréable, il y fait frais et on y trouve de jolies fleurs que tu pourrais cueillir pour ta grand-mère.
- Elle est allergique aux fleurs. Mais tu as raison, par cette chaleur, tu ne devrais pas te promener au soleil, surtout à ton âge. Tiens, prends mon bandana rouge, il te protégera ».
Le loup se dit que cette petite fille était bien naïve d'écouter ses arguments. Il pensa qu'elle venait même de lui offrir une occasion en or de faire d'une pierre deux coups. Voici quel était son plan : il allait prendre le court chemin ensoleillé, avec le bandana sur la tête, pendant qu'elle marcherait sur le long chemin bordé d'arbres. Bien entendu, il arriverait avant elle chez la grand-mère. Là-bas, il se ferait passer pour le petit chaperon rouge pour entrer et il mangerait la vieille dame. Ensuite, il n'aurait plus qu'à enfiler les vêtements de la grand-mère et à attendre que le PCR vienne se faire manger. « Ce plan est vraiment parfait ! », pensa le loup.
Mais, comme je vous l'ai dit, Maëlys était une petite fille très intelligente, et elle avait tout de suite deviné le plan du loup. Elle lui donna son bandana et reprit la parole :
- Bien, maintenant je te laisse prendre le chemin ombragé. À mon âge je ne crains pas beaucoup le soleil. Tu peux garder mon bandana, il te sera utile quand tu sortiras de la charmille.
- Ah.... Tu ne prends pas le chemin ombragé ?
- Non, je viens de t'expliquer pourquoi ».
Le loup parut soudain nerveux et contrarié. « Il faut que je trouve un plan B au plus vite », pensa-t-il, inquiet.
- Mais, tu sais, commença le loup, à la réflexion, ce n'est pas très prudent de traverser ce parc sans escorte. Viens, je vais faire le chemin avec toi, comme ça je te protégerai au cas où tu ferais une mauvaise rencontre ».
Maëlys sourit. « Ce loup est vraiment trop prévisible. Il tombe dans mon piège sans même imaginer que je peux lui en tendre un », pensa-t-elle. Elle se retourna vers le loup et dit :
« Tu as raison, Loup. Prenons ensemble le chemin de la charmille.
- Très bonne décision ! Tu ne le regretteras pas !
- Toi non plus ! Mais, dis-moi... Ce pack d'eau que je porte me semble de plus en plus lourd... Pourrais-tu m'aider ?
- Mais bien sûr !, s'écria le loup en prenant le pack d'eau dans ses bras. Ouch, c'est vrai qu'il est lourd. »
Ils commencèrent à avancer dans le sombre chemin, mais Maëlys s'arrêta soudain et dit au loup : « Mince, mes lacets sont défaits ! Je m'arrête à peine une minute pour les refaire. Continue à avancer, je te rejoins très vite. »
Le loup ne se méfia pas et fit ce qu'elle disait.
Dès qu'il regarda ailleurs, Maëlys sortit de la charmille et rattrapa l'autre chemin. Pour prendre des forces, elle but une gorgée d'eau à la gourde qu'elle avait dans sa poche droite puis elle partit en courant.
Avec toute l'énergie de son âge, elle ne mit pas longtemps à traverser le parc.
Pendant ce temps, le loup au bandana rouge avançait lentement dans la charmille, chargé du pack d'eau. Quand il vit qu'elle ne l'avait pas rejoint, il se dit qu'elle avait dû se perdre et, confiant, il pensa qu'il avait peut-être une chance de revenir au plan A et d'attendre le PCR chez sa grand-mère.
De son côté, Maëlys arriva chez sa mamie. Elle sonna, fit le code de la porte et entra dans l'immeuble. Au passage, elle sortit de sa poche gauche une feuille de papier, un stylo et une boite de chewing-gums. Elle mâcha un chewing-gum et écrit sur la feuille « EN PANNE » en grosses lettres. Puis elle colla son chewing-gum au dos de la feuille et la fixa sur l'ascenseur.
Comme à chaque fois qu'elle venait voir sa grand-mère, Maëlys monta les marches 4 à 4 jusqu'au bon étage. Quand elle arriva en haut, elle était à peine essoufflée. Elle reprit une gorgée d'eau puis frappa à la porte. Sa grand-mère l'ouvrit :
« Bonjour, mon petit chaperon ! Je t'ai entendu sonner, mais encore une fois, tu ne m'as pas parlé à l'interphone et tu étais entrée avant que je vois la couleur de ton chaperon à la caméra. Mais ! Où est-il ce chaperon ?
- Sur la tête d'un loup !
- Maëlys ! Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
- C'est une longue histoire mamie, et j'ai tout juste le temps de la raconter avant de me faire rattraper alors laisse moi entrer et ferme le verrou. »
La grand-mère fit ce qu'elle disait, parce qu'elle lui faisait confiance. Maëlys lui raconta toute l'histoire. Elle lui expliqua aussi son plan. (Vous en revanche, vous devrez attendre l'arrivée du loup pour le découvrir...).
« Bien mon chaperon. Pour t'aider à coincer ce loup, j'ai un petit coup de fil à passer au voisin du dessus. Toi, vas te mettre à l'abri chez la voisine du rez de chaussée.
Maëlys était aussi intelligente que prudente, alors elle obéit et courut chez la voisine.
* * *
Pendant ce temps, le loup arrivait, épuisé, en bas de l'immeuble. Il regarda les sonnettes et soupira. Il ne connaissait pas le nom de la grand-mère. Comment savoir à quel étage elle habitait ? Il prit une grande inspiration et sonna chez le concierge. Changeant sa voix, il dit :
« Bonjour, c'est PCR.
- Qui ?
- Le petit chaperon rouge !
- Ah, bonjour toi, dit le concierge qui était dans la confidence. Que veux-tu ?
- Je viens voir ma grand-mère, comme d'habitude, mais je porte un pack d'eau donc j'ai les mains prises et je ne peux pas sonner...
- Ni faire le code alors. » Le loup remarqua seulement à ce moment là qu'il y avait un code à faire pour entrer. Ah, qu'il était loin le temps des chevillettes à tirer et des bobinettes prêtes à choir !
« Je t'ouvre !, dit le concierge.Mais bon courage pour les cent-vingt-cinq marches ! ».
Le loup entra sans répondre, tout occupé à se demander combien d'étages cela faisait et pourquoi le concierge pensait qu'il n'allait pas prendre l'ascenseur. C'est là qu'il vit l'affichette que Maëlys avait collée sur la porte. Découragé mais toujours affamé, il entreprit de monter l'escalier, en comptant les marches. Il s'arrêta sur le palier du premier étage : il avait grimpé vingt-cinq marches.
Fatigué à l'idée de toutes celles qu'il devait encore grimper, il se réjouit au moins en se disant que maintenant il savait à quelle étage il devait s'arrêter, sans être obligé de compter les marches une par une jusqu'à la cent-vingt-cinquième.
Quelques minutes plus tard, il arriva devant la porte de l'appartement. (Il n'avait eu aucun mal à la reconnaître puisque la seule autre porte à cet étage était un local technique). Il frappa. Une voix lointaine et enrouée lui répondit.
« C'est toi mon petit chaperon rouge ?
- Oui grand-mère, c'est moi ! dit le loup en prenant une voix de soprano. Je t'apporte un pack d'eau pour t'hydrater.
- Entre, c'est ouvert, je suis dans mon lit ».
Le loup entra et referma la porte derrière lui. Il sourit à l'idée du festin qui l'attendait.
« Pose le pack sur la table de la cuisine ! », cria la voix enrouée.
Le loup obéit. La cuisine était facile à trouver car l'appartement n'était pas très grand. Mais alors qu'il entrait dans la cuisine, il glissa sur quelque chose, tomba en arrière, échappa le pack d'eau... qui lui tomba sur le museau.
Un peu sonné, le loup secoua la tête et entendit la voix enrouée lui crier « Oh, et fait attention aux jouets de Missy, elle les fait traîner partout ! »
Ladite Missy était une chatte blanche, un collier à grelot. Elle récupéra sous les pieds du loup sa souris à roulettes puis sortit de la pièce en piétinant l'intrus. Le loup fut tenté de rester allongé sur le sol une ou deux minutes de plus, histoire d'attendre que sa tête arrête de tourner.
Mais la voix enrouée reprit :
« Mon petit chaperon, que fais-tu ? M'entends-tu ? Où es-tu ?
- Je suis là, mère-grand, j'arrive... », répondit le loup de sa voix haut perchée.
Il se releva et marcha le long du couloir en se tenant au mur. Il lui semblait que parler était difficile et que réfléchir était presque insurmontable.
Guidé par le son de la voix, il parvint quand même à trouver la chambre. La voix n'avait pas menti, elle était au lit, la couette remontée sur le nez, un bonnet sur la tête. Seuls ses yeux et les quelques doigts qui tenaient la couverture dépassaient du lit.
« Je ne te vois pas bien mon chaperon, mes lunettes sont restées dans mon étui, que j'ai oublié au club de scrabble.
- Ce n'est pas grave mamie, tu me connais bien, répondit le loup, soulagé.
Il avait toujours mal à la tête mais ses idées étaient de plus en plus claires. Il sentait que quelque chose clochait, mais il ne voyait pas quoi. Il se contenta d'écouter, en attendant le meilleur moment pour manger la grand-mère et prendre sa place.
« Alors, qu'est-ce que tu me racontes de beau aujourd'hui ?
- Pas grand-chose. La routine, mamie.
- J'espère que tu n'as pas eu de problème pour venir ici. Tu n'as pas fait de mauvaise rencontre au moins ?
- Oh, non... Je n'ai vu personne.
- Tant mieux, tant mieux ».
Le loup regarda plus attentivement les doigts qui dépassaient de la couverture. Soudain, il trouva un détail bizarre.
« Que tu as de larges ongles, mamie...
- C'était plus amusant à vernir, quand j'étais jeune, mon enfant.
- Mais que tu as de larges doigts, mamie....
- C'est pour mettre de larges bagues mon enfant, dit-elle en attrapant les mains du loup.
- Mais, tout de même, que tes mains sont poilues, mamie...
- Pas plus que les tiennes mon loup !, dit une grosse voix qui n'était plus enrouée du tout.
Avant qu'il n'ait eu le temps de comprendre ce qu'il lui arrivait, le loup avait les menottes aux poignets. Car ce n'était pas la grand-mère qui était dans le lit, mais un policier en uniforme. C'était lui, le fameux voisin du dessus que la grand-mère avait appelé.
Le policier ajouta :
« Loup, vous êtes en état d'arrestation. Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous.
- Mais pourquoi m'arrête-t-on ?, s'indigna le loup avec beaucoup de mauvaise foi.
- Usurpation d'identité, vol de pack d'eau et de bandana, dégradation de souris à roulettes et intention de manger une grand-mère et un petit chaperon rouge ! Pourquoi, vous avez d'autres raisons d'être arrêté ?
Le loup préféra garder le silence cette fois-ci. Il suivit le policier jusqu'en bas de l'immeuble. Maëlys l'y attendait, en mangeant une glace au chocolat avec la voisine. Elle n'aurait manqué l'arrestation du loup pour rien au monde.
Le voisin du dessus fit monter le loup dans sa voiture de police. Juste avant que la portière ne se referme, le loup entendit Maëlys lui crier, avec malice : « Au fait, merci pour le pack d'eau ! ».