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C’est mon premier blog et j’espère que vous vous y sentirez bien en le visitant. C’est un espace où je partagerai mes réflexions et quelques uns de mes « écrits ». J’aimerais que ce blog soit comme une petite promenade au clair de lune, propice à la réflexion et au bien-être.

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Désarroi d’un dieu-chat-roi

Il fut un temps… Il fut un temps de l’ancien temps où je siégeais parmi les anciens…

J’étais à leur tête et tout se passait bien… Je suis à la retraite, ça me fait un mal de chien. Les chiens… ces traîtres. Il fut un temps, je vous le disais bien, où j’étais le roi du monde. Balthazar, dieu-chat-roi, qui n’en rêverait pas ? En ce temps là en rêver était permis… Chaque espèce choisissait un représentant, qui siégeait tous les ans au conseil. L’année de mon propre règne survint.

Mon prédécesseur, un fennec ayant reçu le titre de Melreck l’habile, quitta le trône à regret mais telle était la règle et il y consentit humblement. Il avait été convenu, lors de la nuit des temps, que chaque année au solstice on tirerait au sort le nom du nouveau roi. Je me souviens du jour où l’on vint me l’annoncer. Nous autres chats étions réunis à un sabbat en l’honneur de ce jour. Il avait fallu longtemps aux Gardiens de la Sagesse pour rejoindre la clairière où avait lieu notre cérémonie, aussi la Lune la baignait de sa lumière. Quand le cortège arriva jusqu’à moi, il s’arrêta en silence puis tous se prosternèrent devant moi. J’en fus déconcerté. C’est alors que le roi redressa la tête et plongea ses yeux dans les miens. Et alors que tout autre jour j’aurais baissé la tête humblement, je sentis la force de soutenir son regard monter en moi. Ses sombres prunelles étaient chaleureuses et je crus même déceler vers ses babines ce que nous autres chats appelons un sourire.

« Balthazar ! Je m’incline devant toi, digne représentant de tous les êtres vivant » à ses mots je sentis une joie immense prendre possession de moi, j’étais ivre de contentement, je crois même que je laissais échapper un doux ronronnement. Après ce ne fut que concert de miaulements et autres langues vivantes (aujourd’hui par trop incomprises). J’appris ensuite à être sage.

Je ne fus pas un tyran, j’ignorais alors le sens de ce mot. Je fus, et la plupart me le confirma, un bon roi. Je présidais le conseil des sages avec bonheur, certes, mais sans condescendance. J’avais accepté ma mission et elle me tenait à cœur. Je mentirais toutefois si j’affirmais ne pas avoir tiré satisfaction de mon rôle… J’avoue que l’idée d’être le souverain était plaisante et qu’un an était une quantité négligeable sur un ensemble de neuf vies.

Tout en jouissant de ma bienheureuse vie, je la dévouais au bien-être du monde. Bien entendu la loi de la Nature existait, de même que la chaîne alimentaire. Seuls les membres du conseil avaient le devoir de ne pas céder à leurs instincts en ce qui concernait les autres membres. Lorsqu’un désaccord éclatait quelque part, je faisais tout mon possible pour ramener la paix et je dois dire que mon règne fut, à l’instar des précédents, une période prospère.

J’étais à leur tête et tout se passait bien…

Ô doux était l’ancien temps…

Je suis à la retraite, ça me fait un mal de chien.

Ainsi que je l’ai dit : depuis la nuit des temps, le roi changeait tous les ans. Il était secondé dans sa tâche par un conseil : Le conseil des Anciens. Il s’agissait des anciens rois, désignés par le hasard parmi toutes les espèces animales. A l’époque où je fus roi, le monde était déjà vieux, mais le nombre d’espèces connues au monde (il y en avait beaucoup plus qu’à présent car nous les connaissions toutes) était tel, que plusieurs décennies s’écoulaient entre deux rois d’une même espèce. Ainsi cela faisait bien un million d’années qu’aucun homme n’était devenu roi. C’était donc un singe qui représentait les hominidés au conseil.

Au solstice, exactement un an après mon avènement, ce fut à mon tour, accompagné des ancien rois et d’une jeune colombe élue pour l’occasion, d’aller sacrer mon successeur.

C’était un homme d’âge moyen et d’allure solennelle. Connaissant l’usage, il se mit à ma hauteur. Je plongeai donc les yeux dans les siens avec bienveillance afin de lui transmettre mon rôle. Je n’ai pas oublié ce regard pénétrant dans lequel j’aurai cru voir un éclair. Alors que j’achevais de prononcer les paroles consacrées, il se releva en souriant.

Dès lors tout changea.

Je n’ai pas la force de raconter en détail la suite des évènements. L’être humain su se faire aimer. Il faut reconnaître certaines de ses qualités. Mais ne croyez pas que je soliloque par simple jalousie nostalgique. Oh, je n’irai pas jusqu’à dire que les êtres humains sont maléfiques (quoique certains d’entre eux ne se gênent pas pour raconter pareilles sottises sur le compte des chats…). Je ne m’abaisserai pas à généraliser le cas d’un simple individu. Et j’ai connu quelques exceptions.

Le sort que connut le monde est bien visible… Il résulte du sentiment (faux) de puissance, de l’ivresse du pouvoir… Et de toutes les circonstances (ruses, tromperies et alliances) qui le gardèrent trop longtemps sous l’emprise du même roi. Le roi du monde n’est plus, mais n’est plus le monde du roi.

Ô douce vie de chaton, heureuse vie de dieu-chat-roi, dangereuse vie d’opposant, discrète vie sans nom, misérable vie de chat errant, calme vie du disciple de Bastet, petite vie de chasseur de souris, marginale vie près du poète, ô calme dernière vie de chat…

Ou peut-être ne suis-je (plus) qu’un chien qui rêve.

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