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C’est mon premier blog et j’espère que vous vous y sentirez bien en le visitant. C’est un espace où je partagerai mes réflexions et quelques uns de mes « écrits ». J’aimerais que ce blog soit comme une petite promenade au clair de lune, propice à la réflexion et au bien-être.

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Vie double chouquette et Balthazar



 

« bip-bip, bip-bip, bip-bip ». J’éteins mon réveil. Il est 7 heures. Je me lève, descend l’escalier, encore endormi. Le petit déjeuner est prêt. Ma femme vient de partir travailler. C’est une importante femme d’affaire. Moi je suis directeur d’une entreprise de textiles. J’aime me retrouver seul dans notre salle à manger. Je ne dispose pas de beaucoup de temps, mais le moment du petit déjeuner me permet de faire le point. D’ici, je vois le salon, c’est vraiment un bon investissement ce canapé de cuir blanc. Son angle de 90° est parfait, et le blanc fait ressortir la luminosité de la pièce. Tout à l’heure j’ai une réunion avec mes plus précieux collaborateurs. Nous devons voir avec les assistants marketing comment promouvoir notre nouvelle gamme. Tiens, mon biper. J’ai pourtant bien signifié que je ne voulais pas que l’on me dérange pendant ces dix minutes ! Il faut que je file et je n’ai même pas eu le temps de manger une chouquette. J’espère que mon assistante m’aura obtenu un rendez-vous avec les investisseurs potentiels.

Ma journée a été éprouvante et est passée à toute vitesse. Il y a eu des complications, deux de mes investisseurs ont annulé le rendez-vous. De plus, nous n’avons pas encore trouvé d’idée pour notre nouvelle campagne de publicité. Je fais confiance au directeur du projet, cela fait longtemps qu’il travaille pour moi. Il saura régler le problème. Je vais aller me coucher avec un bon somnifère, et je verrai demain.

« Bii, Bii, Bii… » Tiens, mon réveil a une drôle de sonnerie aujourd’hui… Il y a beaucoup de bruit autour de moi, je ne comprends pas bien où je suis. Deux hommes sont devant moi. Ils ont des gilets jaunes, fluorescents. C’est le bruit du camion qui reculait que j’ai pris pour mon réveil. « Faut pas rester là, on doit ramasser les poubelles, va plus loin. Allez, bouge si tu veux pas qu’on appelle les flics ! » J’essaye de leur expliquer que je ne sais pas ce que je fais là, que je suis un important directeur, et qu’ils me doivent le respect. Finalement je dois partir. Je ne connais pas cet endroit. C’est une rue sombre et délabrée. Je ne comprends rien, c’est un cauchemar. Mais oui, c’est cela, un cauchemar, rien de plus qu’un mauvais rêve. Un effort et je serai de nouveau dans mon lit. Mais je suis dans mon lit, je n’ai jamais cessé d’y être. J’ai froid. Je tiens à peine debout. Je trébuche à chaque pas. Je…

« bip-bip, bip-bip, bip-bip ». J’éteins mon réveil. Il est 7 heures. Je suis bien dans ma chambre, au premier étage. Ce n’était en effet qu’un rêve. Je descends prendre mon petit déjeuner, comme tous les matins. Je ne pense déjà plus à ce rêve, je l’oublie. Il faut que je me dépêche, ce n’est pas le moment d’être en retard. On doit lancer la nouvelle gamme cette semaine et le temps passe vite.

La journée a été catastrophique. La bourse a chuté et les investisseurs m’ont clairement fait comprendre qu’il ne fallait pas que je compte sur eux. C’est presque une faute professionnelle, mes spécialistes auraient dû le prévoir. Ma femme est partie ce matin en voyage d’affaire. J’avais complètement oublié de le noter sur mon agenda. C’est la femme de ménage qui m’en a informé quand je suis rentré de l’entreprise. Moi qui comptais sur elle pour m’aider à retrouver de nouveaux investisseurs… La nuit porte conseil, je finirais bien par trouver une solution.

J’ai mal de tête. J’ai froid. Le chauffage devrait pourtant être allumé, l’hiver est rude. J’ouvre les yeux. Ou plutôt j’essaye. Ils sont comme collés aux paupières. Où suis-je encore ? Le cauchemar, il recommence ! Cette fois ci je suis sur un banc. J’ai déjà vu cet endroit… C’est le jardin public, il est couvert de neige. J’entends la neige craquer… des pas !

« Qui est là ? ». Tout en prononçant cette phrase, je me rends compte de sa stupidité. Je suis dans un rêve. Je vis un cauchemar. Il me suffit de me réveiller. Pourtant, je continue. Je réitère ma question. Les pas cessent.

« Balthazar. » « Le roi mage ? » L’homme éclate d’un rire grossier. « Qui es-tu toi ? Je ne t’ai jamais vu dans le coin. Tu ne devrais pas rester là. Viens. » Il me prend par le bras. Mes membres sont engourdis. Je ne sens plus mes jambes. J’ai du mal à marcher. Je me sens tomber…

« bip-bip, bip-bip, bip-bip ». J’entrevois ma chambre, mais elle est floue. Je cligne des yeux. Je sombre.

Froid et humide. Je suis sur le sol. « Relève-toi, tu es lourd. Tu es resté trop longtemps ici ! » Il m’aide à me mettre sur les jambes. Nous marchons. Finalement, on arrive. C’est une vielle maison abandonnée. Nous sommes en plein cœur de la ville. Elle porte une pancarte éloquente : elle sera bientôt démolie. Ici il fait plus chaud. Il a allumé un feu, il y a une cheminée. « D’où viens-tu ? », Me demande-t-il. Un chat entre en trombe par la fenêtre cassée. Malgré sa maigreur, il est magnifique. Ses yeux… « Eh oui, je sais ce que tu penses. Ses yeux sont uniques. Chacun est un soleil bleu qui illumine ma triste vie. Je n’aime pas les chiens. »Je lui souris. A voir son allure, je ne l’aurais pas deviné poète… « Qu’est-ce que tu faisais là bas ? En hiver ce n’est pas un jardin public, c’est un jardin glacé. Tu serais mort si je n’étais pas arrivé. Ça ne fait pas longtemps que tu es S.D.F, c’est ça ? ». Cette longue intervention me fait l’effet d’une douche glacée. Soudain je comprends tout. Je me souviens. Ces dernières vingt-quatre heures de ma vie de directeur d’entreprise qui m’obsèdent. La réunion. Les investisseurs. La bourse. La faillite. C’est ce rêve, ce cauchemar que je fais dès que je m’assoupis. C’est la réalité, ces deux jours où j’ai perdu ce que j’avais mis des années à construire. Mais aujourd’hui je ne rêve pas. Je repense, alors que je meurs de faim, à cette chouquette que je n’ai pas mangée avant de partir de la maison. Puis des souvenirs plus récents : Balthazar, le jardin glacé, le chat et ses soleils bleus…

 

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