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C’est mon premier blog et j’espère que vous vous y sentirez bien en le visitant. C’est un espace où je partagerai mes réflexions et quelques uns de mes « écrits ». J’aimerais que ce blog soit comme une petite promenade au clair de lune, propice à la réflexion et au bien-être.

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Cette nuit-là (Journal de Mike Calligan)

 

Carnet n°1

Samedi 7 avril

Ce journal est mon dernier recours. Je jure de consigner dans ce petit calepin de fortune des faits absolument vrais, tout ce qui me revient, et jusqu'à mes pensées les plus secrètes. J'ai sans doute trop lu, regardé trop de films, mais je sens qu'il se passe quelque chose de pas clair ici et je compte bien mener l'enquête !

De toute façon j'y suis déjà mêlé.

Et d'une manière qui ne me plaît pas, mais alors pas du tout.

Je m'adresserai dans ce journal à un lecteur hypothétique. Ce sera mon garde-fou. J'y consignerai le moindre détail, et ce le plus rapidement possible. Au cas où ça recommencerait.

Elle s'est arrêtée, elle a regardé sa montre puis elle a levé la tête et elle est repartie.

C'est tout. Je me souviens de son visage. Le même que sur la photo, celle de l'affiche que j'ai vue tout à l'heure. L'affiche d'une disparition. Il y a de la terre sur mes chaussures. Hier il n'y en avait pas. Les images, il paraît que c'est le secret. Tout est dans les images, j'ai lu ça sur internet en rentrant. Évidemment que je n'ai pas commencé par prendre le stylo. Non, d'abord j'ai pris une aspirine. C'était pas une bonne idée, ça m'a fait pisser le sang. Je supporte pas apparemment. Je m'y attendais pas, j'ai fait une belle tache, sur la nappe rayée toute neuve. J'espère que ça partira au lavage. Heureusement mon nez s'est calmé ; mon corps a dû éliminer l'aspirine. Pas le mal de tête en tout cas. C'était comme un lendemain de cuite. Sauf que j'avais pas bu. Aucun verre dans mes souvenirs. Aucun souvenir tout court d'ailleurs. C'est là que j'ai commencé à m'inquiéter. Je me suis dit que j'étais pas bien réveillé. Alors j'ai pris mon café ; c'était pas encore ça. Après une bonne douche, un rasage de près, j'étais physiquement d'attaque pour commencer la journée, mais ma mémoire était toujours embrouillée. Je suis sorti prendre mon courrier. En enfilant mes chaussures j'ai trouvé quelque chose de bizarre, mais sur le coup j'ai pas compris. En me frayant un chemin jusqu'aux boites aux lettres dans le dédale bien connu de ma résidence, je sentais une drôle d'atmosphère. Je ne saurais pas dire quoi. J'avais pas de courrier. Mais une fille était en train de glisser des papiers dans les fentes. Elle était bizarre, l'allure désordonnée, les yeux inquiets. Je pense que j'ai dû la dévisager car elle m'a adressé la parole, comme pour se justifier.

« C'est ma colocataire... Elle a disparu hier soir... La police dit que c'est trop tôt, qu'il n'y a pas de quoi lancer des recherches... mais c'est pas possible, ça lui ressemble pas... Elle répond pas au téléphone, j'lui ai laissé j'sais pas combien de messages et j'ai pas un signe de vie ! C'est anormal... Elle était juste partie courir... Il est déjà midi, j'sais plus quoi faire... ».

J'allais m'étonner de l'heure tardive quand je jetai un œil à la photo qu'elle m'avait tendue. Entre temps elle avait fondu en larmes et quitté la pièce précipitamment. Un autre jour j'aurais tenté de la consoler, fait preuve de compassion.

Mais je venais d'avoir comme un flash. Cette fille qui avait disparu, j'étais sûr de l'avoir déjà vue.

Je suis remonté chez moi. Cette fois en ôtant mes chaussures j'ai compris ce qui clochait : elles étaient pleines de terre. J'avais oublié quelque chose de très important, c'était certain.

Alors j'ai fait ce que vous auriez probablement fait à ma place : j'ai foncé sur internet. Il y a pas mal de conneries sur le sujet, faut faire le tri. Et je vous raconte pas le nombre de spams. Mais voilà ce que j'en ai retenu : l'image est la clef. Il faut se concentrer sur ce qu'on revoit pour revoir ce qu'on n'a pas vu. Enfin, un truc dans le genre. C'était hier. Elle courait. Elle s'est arrêtée, elle a regardé sa montre puis elle a levé la tête et elle est repartie. C'était le soir. Elle s'est arrêtée un moment, elle a regardé sa montre puis elle a levé la tête vers le ciel et elle est repartie dans une autre direction. Le soleil descendait. J'avais les chaussures propres. Elle s'est arrêtée, elle a regardé l'heure puis elle a levé la tête vers la Lune et elle est repartie. Vers les arbres. Je...

* * *

Même jour, tard.

Ça a sonné. J'ai décroché l'interphone, on ne m'a pas répondu. Le temps que j'aille à la fenêtre pour essayer de voir l'entrée la personne était hors de mon champ de vision. J'ai chaussé mes baskets et je suis sorti, ne prenant que ma clef. Dehors il n'y avait personne. J'ai trouvé ça bizarre. L'après-midi était déjà bien entamé, le ciel couvert. L'atmosphère était assez cotonneuse, on aurait cru un soir d'hiver. J'ai eu envie de marcher ; il paraît que ça aide à éclaircir les idées. Je ne savais pas trop où je voulais aller alors j'ai laissé mes pieds conduire la marche. Je me suis retrouvé près de la fac de sciences, comme hier soir. En pensant à hier soir mon esprit s'est brouillé, je n'arrivais plus à me souvenir précisément ce que j'avais fait. Je fis remonter ma mémoire plus loin, captant les bribes de ce qui était encore net. J'avais eu cours de maths, c'était la dernière heure, jusqu'à 19 heures. Je voulais aller au libre-service informatique — J'avais des problèmes de connexion à l'appart' hier, le net n'est revenu que ce matin — mais la fac fermait. Personne ne m'attendait mais je rentrais puisque tout était fermé ou sur le point de l'être. Et puis j'avais faim. Je me souviens que ça me tiraillait l'estomac. J'ai rejoint l'entrée de la fac. Après c'est plus flou. Je me suis immobilisé près de la fac tout à l'heure, espérant retrouver le fil de ma mémoire en refaisant les mêmes pas. J'ai regardé de l'autre côté de la rue et je me suis rappelé la trajectoire qu'avait emprunté la joggeuse. Elle avait des baskets blanches, usées, un short particulièrement moulant et un petit haut qui lui allait tout aussi bien. Je crois qu'elle était brune. Plutôt mon genre à vrai dire. Je me souviens avoir pensé que ce n'était pas très raisonnable de courir ainsi, seule, dans les rues de cette ville déjà connue pour quelques problèmes d'insécurité passagère. Et puis j'ai eu honte de ma pensée, car elle sous-entendait une quelconque provocation alors que ce n'était pas du tout en accord avec ma façon de penser. Après tout, si j'avais couru, à sa place, en short et en marcel, personne n'aurait pensé une seule seconde qu'il pouvait m'arriver quelque chose — à part peut-être un claquage. Alors pourquoi les femmes n'auraient pas eu le droit de pratiquer la même activité sportive sans s'exposer ? Les seuls coupables dans l'histoire sont ceux qui agressent les jeunes filles, pas l'inverse ! N'empêche que, en la voyant passer, j'ai pensé à l'affiche des disparues, celle qui est collée sur la porte de la MDE. Mon estomac fait de drôles de nœuds quand je repense à celle que j'ai vue ce midi ; et tout à l'heure, près de la fac, je le sentais déjà.

Il y avait quelque chose d'étrange à revenir ici, concentré sur la scène que ma mémoire me faisait revivre. Je suis peut-être le dernier à l'avoir vue. Non, le dernier, c'est celui qui a causé sa disparition. Mais peut-être que je tire des conclusions trop hâtives. Après tout à part sa colocataire, rien ne dit que son absence a ce genre de justifications. Elle est si bouleversée qu'elle réagit au quart de tour. Elles devaient être très proches. Si ça se trouve elle s'est simplement absentée pour une quelconque raison sans prendre la peine de prévenir sa coloc ! J'espère que c'est un truc comme ça.

Je ne sais pas pourquoi cette disparition me touche autant. Après tout je ne la connaissais pas cette fille. Je ne savais même pas qu'elle habitait dans le bâtiment. Mais c'est ce trou de mémoire qui me chamboule complètement. La dernière image dont je me souviens, c'est elle. Mais pourquoi j'ai oublié le reste ?! J'étais là, devant la fac de sciences, et je me suis réveillé ce matin, la tête comme une passoire et les baskets boueuses. C'est pour ça que j'ai continué à chercher.

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